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En quête d'école : épisode 1 (07/01/2020)

Pour comprendre l'école d'aujourd'hui, il faut d'abord faire un retour en arrière dans le temps. Dans cet épisode vous découvrez comment l'école d'aujourd'hui s'est construite entre le moyen-âge et la Révolution. Matières scolaires, pédagogie, didactique, retour sur dix siècles de débats et d’innovations, qui continuent de marquer l’école du XXIème siècle.

Episode 1- Qui a eu cette idée folle ? [1/2]

 

C'est ce sacré Charlemagne ,...

Vers 800 l’Empereur Charlemagne prend conscience que le niveau général d’éducation dans l’Empire est assez bas. Il décide de rassembler autour de lui, à la cour, les prêtres et les fils de seigneurs, pour leur donner une éducation dans ce qui est appelé : l'Ecole du Palais. En réalité, on sait que l’École du Palais n’est pas une innovation sortie de nulle part :

"Nous savons que les Mérovingiens appelaient à leur cour les fils de leurs principaux seigneurs, les y faisaient élever de manière à se les attacher par des liens plus solides, en même temps qu'ils leur assuraient en retour d'importants avantages ; C'est à eux, en effet, qu'étaient réservées les principales charges de l'État. "(E. Durkheim)

 

Au même moment Charlemagne enjoint les prêtres à ouvrir des écoles partout dans l’Empire pour former les enfants, et c’est sûrement à partir de cela que le mythe s’est construit. Les écoles sont construites auprès des églises et des cathédrales, et elles reflètent la hiérarchie sociale qui existe dans la société. A l’école de la paroisse, les enfants issus des familles modestes apprennent des savoirs élémentaires, au-dessus se trouvent les écoles des cathédrales (appelées ainsi car adossées aux édifices religieux) où étudient les enfants des villes, et enfin « l'école modèle, réservée à l'élite, l'École du Palais. » (Durkheim)

Des étudiants rebelles créent l'Université au moyen-âge

Ce système pyramidal géré par l’Église est remis en cause vers 1150. Les étudiants de la prestigieuse École Cathédrale (attachée à Notre Dame de Paris) refusent l’autorité de l’évêque sur les enseignements et  demandent plus de liberté et de débats dans leurs cours. En signe de protestation, ils quittent leur école et vont s’installer sur la rive gauche de la Seine. C’est ainsi que naît l’Université.

Au moyen-âge l’Université n’est pas un lieu, un établissement, c’est plutôt un regroupement de maîtres et d’élèves, qui font cours de manière indépendante par rapport à l’autorité de l’Evêque, ce qui leur donne une grande liberté. Ainsi quand l’Université se trouve en conflit avec les autorités (ecclésiastiques ou laïques) elle se déclare dissoute et se disperse, pour mieux aller se reformer dans une autre ville. Les étudiants sont issus de toutes classes sociales, les étudiants riches, ont un appartement personnel, où ils vivent avec un précepteur, les étudiants pauvres, doivent trouver un logement chez l’habitant, ou dans des collèges (sortes de pensionnats pour les étudiants boursiers ). Emile Durkheim dresse ainsi le portrait des étudiants :

" Il y avait des nobles et des roturiers, des fils de gentilshommes assez riches pour avoir à leur service, par pure ostentation, des domestiques qui portaient devant eux de gros livres , et des fils de vilains, si pauvres qu'ils se faisaient domestiques et se livraient à toute sorte de petits métiers, comme celui de porteurs d'eau bénite à domicile, pour payer leurs frais d'études. "

 

le passage de la scolastique médiévale à l'enseignement humaniste

L’enseignement qui domine au moyen-âge, c’est la scolastique, un mélange entre philosophie grecque et théologie chrétienne. Les élèves réalisent des exercices très formels comme l’explication de textes (lectio) ou encore des sortes de joutes verbales (disputatio).

A la Renaissance la scolastique est remise en cause par les penseurs humanistes comme Erasme, Montaigne, ou Rabelais, pour qui l’éducation doit surtout développer chez l’élève le goût d’apprendre, et de connaître l’Homme et le monde. C’est l’époque où l’on découvre de nouvelles terres, et de nouvelles sociétés, où les savoirs géographiques sont bouleversés, alors comment continuer à apprendre par cœur des savoirs anciens et à raisonner sur des concepts formels ? Pour les humanistes, l'éducation a lieu partout et, tout le temps, et elle ne s'arrête pas à la théologie et la philosophie, mais s'ouvre sur l'astronomie, la littérature, le jardinage,...

Le savant humaniste est avant tout une personne lettrée, et érudite dans tous les domaines de la connaissance. On perçoit encore aujourd'hui l'influence des valeurs humanistes sur le système scolaire, notamment dans la distinction (et la hiérarchisation) entre matières générales et techniques, comme l'écrit Laurence Decreau :

"Inscrit dans l’imaginaire des Français, le mépris du travail manuel ne date pas d’hier.  Effet secondaire peu connu de l’Humanisme, qui associa la qualité d’Homme à la seule culture lettrée, il a traversé les siècles, implantant dans nos représentations la dichotomie entre Main et Esprit "

 

Les Jésuites, l'éducation de la théorie à la pratique

 Au XVIème siècle, les compagnons jésuites, fondés à Rome par Ignace de Loyola, ouvrent des écoles pour tous les enfants, qu'ils se destinent à la vie religieuse ou non.  L'arrivée des Jésuites dans l'organisation scolaire constitue un recul en terme de laïcisation des enseignements, comme le précise E. Durkheim :

"Né à l'ombre des églises et des monastères, il s'en est peu à peu affranchi, s'est constitué avec les Universités un organe spécial, distinct de l'Église et qui, tout en rappelant par certains de ses caractères ses premières origines, ne laissait pas d'être en partie laïque. Voilà que, avec les Jésuites, le centre de la vie scolaire se trouve de nouveau reporté là où il était trois ou quatre siècles plus tôt, c'est-à-dire au sein même du sanctuaire."

 

Face à la difficulté d'enseigner, les Jésuites produisent un texte intitulé Ratio Studiorum (1599). Ce texte permet de détailler précisément la manière de faire cours de manière pragmatique. On y trouve des principes généraux sur l'éducation, comme  la longueur des cours, ou les horaires de l'école, mais aussi des conseils sur les manuels à enseigner, ou les auteurs à étudier. Ignace de Loyola reprend des idées déja présentes à l'époque, mais il les rationnalise. C'est avec lui notamment que la classe s'organise, et que les élèves sont répartis par groupes dans des exercices qui doivent créer l'esprit de compétition et d'émulation entre eux. L’enseignement jésuite insiste sur les valeurs d’émulation, d’excellence, et de compétition et favorise également l’enseignement mutuel entre les élèves, une pratique encore utilisée aujourd’hui notamment dans les classes multi-niveaux. 

Les débats des révolutionnaires sur l’éducation 

Qui dit changement de régime politique et d'idéal de société, dit rénovation de l'école. Les Révolutionnaires débattent et proposent des projets d'école, mais ils ne sont pas tous d'accord sur les sujets comme la gratuité ou l'obligation scolaire. Pour Tayllerand la gratuité de l'enseignement primaire est une nécessité, mais Mirabeau soutient le contraire :

 "La seule instruction que la société doit avec la plus entière gratuité est celle qui est commune à tous, parce qu'elle est nécessaire à tous "(Tayllerand) 

"L'éducation gratuite est payée par tous le monde, ses fruits ne sont recueillis immédiatement que par un petit nombre d'individus, elle sort presque toujours beaucoup d'hommes de leur place naturelle, elle favorise la paresse des instituteurs, elle diminue le prix de l'instruction aux yeux des disciples, elle retarde le progrès des sciences. " (Mirabeau)

 

Les nombreuses discussions, et les différents projets qui naissent à cette époque contribuent à construire l’école gratuite, laïque et obligatoire qui va naître au XIX ème siècle en France, le siècle de la scolarisation de masse,...

 

Retrouvez la suite de l'épisode au mois de février !

 

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Émission préparée par ...

  • Production : Diane Béduchaud
  • Réalisation : Diane Béduchaud et Sébastien Boudin
  • Mixage : Sébastien Boudin
  • Habillage sonore : Diane Béduchaud et Sébastien Boudin
  • Musique : Joakim Karud, Love Mode
  • Remerciements: L'équipe de Kadékol, Daniel Frandji 

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