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Vous êtes ici : Accueil / En quête d'école / Ecoles fermées et classe à la maison : quelles conséquences sur l'éducation ?

En quête d'école : épisode 5 (10/09/2020)

 

Au début du mois de mars 2020 la classe virtuelle à la maison est encore une nouveauté en France, une anomalie réservée à une centaine d’établissements fermés. Mais en quelques jours tout bascule, à la mi-mars le gouvernement annonce que les établissements scolaires et universitaires ne réouvriront pas leurs portes. Fini le tableau, les rangées de chaises, et la sonnerie. En quelques jours toute la France entre dans l’ère des classes virtuelles.

C’est un fait inédit et total. En quelques semaines, l’école et l’université deviennent presque entièrement dépendante des technologies et des équipements informatiques. Le gouvernement lance la plateforme "Ma classe à la maison", et les applications privées comme Zoom ou Classroom, doublent leur nombre d’utilisateurs en quelques semaines.

Les classes virtuelles permettent d’abord de garder le contact entre les enseignants et les élèves, et de faire le lien avec les familles, elles permettent aussi de continuer les apprentissages, et de garder une sorte de routine, de normalité bénéfique pendant cette période de crise.

Cependant, elles posent aussi plusieurs questions, d’abord en terme techniques : Comment faire cours aux élèves qui n’ont pas d’ordinateur ou qui doivent le partager ? Comment gérer les problèmes de connexion dans les zones blanches ? Et des questions pédagogiques : Comment faire des TP sans manipulation ? Comment garder l’attention des élèves à travers un écran ? Comment évaluer à distance ?

Avec le recul, et alors qu'une nouvelle rentrée se profile, je m'interroge : la classe à la maison est-elle une solution ou une illusion?

petite histoire de l'enseignement à distance en France: des cours envoyés par la poste

En 1939 alors que la seconde Guerre Mondiale désorganise l’ensemble du pays, le gouvernement crée à Paris un service d’enseignement par correspondance, c’est l’ancêtre du CNED (Centre National d’Enseignement à Distance) qui va prendre un rôle de plus en plus important dès les années 1950 en prenant en charge la scolarité des enfants malades, des anciens prisonniers de guerre et des déportés.

Et puis avec le retour à la normalité, le CNED devient une structure régulière de formation à distance, qui fonctionne par l’envoi des cours et des copies par la poste. Dans les années 1970, la formation à distance concerne des individus qui ne peuvent pas se rendre à l’école en raison de leur âge, de leurs conditions familiale, ou de leurs conditions de vie.

... à LA CLASSE VIRTUELLE  sur internet

A la mi mars 2020, l’EAD qui concernait une minorité d’élèves, est devenu la norme pour tous les élèves d’âge scolaire et universitaire. Mais avec un nouvel atout sur sa version originale: les outils numériques. Au début il a fallu bricoler, aider les élèves à trouver leurs identifiants, envoyer des mails la nuit pour gérer la saturation de l’ENT, ou communiquer les cours sur instagram ou discord, et puis après quelques semaines, une grande partie des enseignants a trouvé ses marques et a su utiliser les outils de visioconférence, mais aussi les applications et les activités en ligne, certains ont créé des blogs, des chaînes youtube, d’autres ont fait des podcasts. Finalement on a observé une grande capacité d’adaptation dans un temps court pour des individus dont le métier a été complètement bouleversé.

les élèves inégaux face au travail à la maison

Malgré ces adaptations mais voilà, très vite on s’est aperçu que tous les élèves n’étaient pas égaux en termes de condition de travail à la maison : certains n’ont pas un endroit calme pour travailler (cela concerne élève sur 10 dans les pays de l’OCDE), tous n’ont pas accès à un ordinateur ou une imprimante, et n’ont pas les compétences numériques et l’autonomie nécessaires pour continuer à apprendre à distance. Et puis l’apprentissage à la maison ne repose pas que sur équipements ou des compétences numériques, il repose aussi beaucoup sur la mobilisation des parents, et ils n’ont pas tous le temps ou les capacités pour suivre les apprentissages de leurs enfants.

De nombreux rapports de l’UNESCO ont alerté les gouvernements sur les risques de creuser les écarts de réussite entre élèves durant cette période de fermeture des écoles, mais aussi sur les risques à long terme de décrochage scolaire ou de déscolarisation pour les publics les plus fragiles, en particulier les filles, et les élèves en situation de pauvreté.

L'impossible enseignement à distance ?

Enfin, se pose la question de l’efficacité de l’enseignement à distance en termes pédagogiques, cette période a été un très bon laboratoire pour montrer que si certaines disciplines s’adaptent sans trop de peine à la distance, d’autres en revanche sont très difficiles à enseigner dans ce cadre. Il s’agit notamment des disciplines que l’on retrouve dans les lycées agricoles, professionnels et techniques : comment continuer à apprendre sans faire les Travaux pratiques, ou les visites de chantier ? Mais il y’a aussi les disciplines qui demandent de la manipulation ou des interactions physiques comme la physique-chimie, la SVT, mais aussi le théatre, le chant, et enfin il y’ a la question de l’âge des élèves, et de leur capacité de concentration sur écran, il faut se rappeler qu’à l’origine les MOOC ont surtout été pensés pour l’université et pour des élèves qui savent déjà apprendre, et que la distance peut-être difficile à gérer pour les élèves les plus jeunes. Enfin, on a encore peu d’études sur le sujet, mais la question de la fatigue visuelle, du manque d’activité physiques, et d’interactions sociales pour les enfants et les jeunes doit aussi être posée, pour évaluer l’efficacité des politiques éducatives choisies.

A l’heure où cet épisode est écrit, on ne sait pas encore ce qui va se passer en septembre. Si le gouvernement insiste depuis le mois de juillet sur l’ objectif d’une rentrée normale, avec l’accueil de tous les élèves sur le temps scolaire, il s’attend aussi à la possibilité de confinements partiels et dans ce cas l’ enseignement à distance reste toujours une solution envisagée.

Pour réfléchir ensemble à des solutions inclusives et équitables pour une éducation à distance, j’ai sélectionné trois exemples de bonnes pratiques qui ont été observées pendant cette période de fermeture des écoles à l’étranger. 

 écoles fermées à l'étranger: comment-on-ils fait ?

Notre première idée nous vient d’Irlande, où le gouvernement a réagi très vite pour procurer une formation aux enseignants sur l’enseignement à distance, et pour cela il a mis en place des séminaires en ligne réguliers présentés par des psychologues, des médecins ou des spécialistes de l’éducation, sur des sujets variés : Comment aider les enfants à être heureux et en bonne santé pendant le confinement ? Comment lire des histoires par visioconférence ou Comment  produire des vidéos éducatives par exemple? La formation des enseignants à ce nouveau métier me semble un point essentiel à mettre en œuvre très rapidement et surtout à réaliser en fonction des besoins rapportés par les enseignants sur le terrain,et en concertation avec eux.

Notre deuxième idée nous vient du Canada, et concerne les parents et les familles. Pour accompagner l’éducation des enfants, il faut aussi accompagner les parents, une association a donc proposé des programmes d’alphabétisation pour les adultes en ligne pendant le confinement, et des programmes d’apprentissage familial, car plus que jamais la coopération entre l’école et les familles est essentielle pendant l’école à la maison., et pour éviter de creuser les écarts entre les élèves, l’accompagnement des parents est essentiel.

Enfin notre troisième idée nous vient du Pérou, où le gouvernement a choisi de faire traduire les contenus des programmes scolaires dans dix langues, pour permettre à tous les élèves de continuer leurs apprentissages. Cette question de l’inclusion de tous les élèves, et en particulier de ceux pour qui le français n’est pas la langue maternelle, me semble prioritaire pour une éducation à distance équitable et inclusive.

Nous sommes arrivés à la fin de cet épisode , j’espère que les pistes évoquées vous ont interéssé, et vous ont donné envie d’en savoir plus, et avant de nous quitter, je vous propose d’écouter un extrait d’une conférence de Maurice Tardiff, chercheur en sciences de l’éducation qui s’interroge sur la possibilité d’enseigner et d’apprendre sans école. 

 

 

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Émission préparée par ...

  • Production : Diane Béduchaud
  • Réalisation : Diane Béduchaud et Sébastien Boudin
  • Mixage : Sébastien Boudin
  • Habillage sonore : Diane Béduchaud et Sébastien Boudin
  • Musique : Joakim Karud, Love Mode
  • Remerciements: L'équipe de Kadékol-Sam et Ella.

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