Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Kadékol

Navigation

L'éducation a sa webradio

ENS Lyon - cobranded.svg

 

Retrouvez les relais de Kadékol

Vous êtes ici : Accueil / En quête d'école / Des professeurs remplacés par des ordinateurs ?

En quête d'école : épisode 8 (10/01/2021)

numérique, littératie numérique, équipement, visioconférence

En 1970 au salon de l’audiovisuel français des élèves rêvent de classes informatisées et de professeurs remplacés par des ordinateurs. En 2020 ce rêve est presque devenu réalité pendant les mois de confinement avec des cours à distance via un ordinateur, une tablette voire un smartphone. Cette période a mis en avant la capacité d’adaptation des enseignants à de nouveaux outils et scénarios pédagogiques. Mais elle a aussi révélé les inégalités d’équipement, de maîtrise et de pratiques du numérique pour apprendre chez les élèves et leurs familles. Le numérique éducatif est au coeur des enjeux de l'école d'aujourd’hui. Et pour y voir plus clair nous avons mené l’enquête

Pour la génération de nos parents l’informatique à ses débuts est un véritable casse-tête, pas étonnant puisque les premiers cours d’informatique arrivent en 1970 mais seulement en option expérimentale dans un lycée de la Celle Saint Cloud. Il faut attendre les années 1980 pour que le projet s’étende à une dizaine de lycées de la région parisienne, puis à toute la France en 1985 avec le Plan Informatique pour TOUS.

l'informatique : une option longtemps en retrait

A travers les campagnes de communication officielle et les annonces dans les médias : le gouvernement expose son plan. Il s’agit d'initier les 11 millions d'élèves du pays à l’informatique et aussi de soutenir l'industrie nationale en équipant les écoles avec des micro-ordinateurs français. Et pour permettre cette transition il faut former les enseignants comme l’explique le premier ministre de l’époque Laurent Fabius.

«On ne peut former les 11 millions d'enfants que s'il y'a des formateurs [..] à partir de la semaine prochaine il va y avoir des sessions de formation [...] je pense que les enseignants ont le souci d'être à l'avant-garde de la modernisation.»
Laurent Fabius, Premier ministre en 1985

 

Si l’informatique et internet sont l’avant garde de la modernisation selon les mots du premier ministre, cet enseignement passe pourtant vite à la trappe. En 1992 l’option informatique jusque là proposée dans la moitié des lycées français est tout simplement supprimée par le Conseil National des Programmes. Celui ci estime alors que cette discipline n’est utile qu’aux informaticiens. La décision est vivement critiquée par l’association Enseignement Public et Informatique qui répond par ces mots « si une discipline ne doit servir qu'aux futurs professionnels de cette branche, inutile d'enseigner les mathématiques car cette voie professionnelle est encore plus étroite que celle de l'informatique ! »

Vous l’aurez bien compris l’éducation Nationale est assez frileuse sur le sujet, et il faut attendre les années 2000 et le passage à une société de plus en plus numérique pour voir une spécialité informatique au bac, et la mise en oeuvre de grandes opérations d’équipement. C’est par exemple le Plan Numérique qui veut fournir à chaque élève un ordinateur pour sa scolarité, un plan ambitieux mais qui n’a pas vraiment abouti.

de fortes inégalités d'équipement et de compétences chez les élèves

Plus récemment, la crise sanitaire de 2020 a révélé les limites de ces politiques tout d’abord du point de vue des équipements, comme l’explique Nathalie Mons, Professeure des Universités en Sociologie et Présidente du CNESCO.

«Malheureusement 80% seulement des familles dans les milieux défavorisées n'ont pas un ordinateur chez elles [...] et à cette fracture numérique familiale se rajoute aussi une autre fracture numérique dont on parle assez peu, c'est la fracture numérique scolaire et il y'a d'énormes disparités entre les écoles qui accueillent des élèves favorisés et défavorisés, ça veut dire que les écoles n'ont pas la capacité, comme dans les autres pays, de disposer de portables pour équiper les élèves très rapidement dans les familles.»
Nathalie Mons, Professeure des Universités en Sociologie et Présidente du CNESCO.

 

Mais il n’y a pas que l’équipement qui pose question, il y’a aussi les compétences et en particulier celles des élèves. Une enquête de 2018 montre que 43 % des élèves français de quatrième ont un niveau de performance faible ou très faible en littératie numérique. Cela veut dire par exemple qu’ils ne savent pas réaliser un document word ou télécharger une pièce jointe et que contrairement à ce que l’on pourrait croire les jeunes ne sont pas tous hyperconnectés et à l’aise avec le numérique c’est ce qu’explique Anne Cordier, Maîtresse de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication.

«Il y'a une vraie confusion entre appétence, expérience et expertise, la grosse confusion c'est de se dire, ils connaissent, ils sont nés dedans, ils savent mieux que nous donc on peut rien leur apporter. Et ça c'est une vraie erreur parce que non ce ne sont pas des surdoués, manipuler très bien les jeux vidéos en ligne ça veut pas dire qu'on est très bon sur la communication sur les réseaux sociaux, qu'on sait chercher une information ou valider la source. Tout ça c'est le numérique quand même.»
Anne Cordier, Maîtresse de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication.

 

Le numérique au delà des clichés

Toutes les études le montrent, le numérique ce n'est pas inné, ça s'apprend. Le cliché selon lequel les jeunes sont naturellement doués avec le numérique, c'est un des nombreux mythes qui faussent les débats. Mais il y en a d'autres, une idée qui circule beaucoup c'est celle de la préférence : on entend souvent dire que les élèves préfèrent travailler avec le numérique et apprennent mieux dans cet environnement. Mais est-ce que cela est prouvé scientifiquement ? André Tricot, Professeur d'Université en psychologie et auteur d'ouvrages sur le sujet, répond à la question.

«On constate que du côté des élèves les perceptions sont positives, mais elles sont typiques du paradoxe préférence/ performance, c'est à dire que ce n'est pas parce qu'un élève préfère le support A qu'il apprend mieux avec le support A"
André Tricot, Professeur d'Université en psychologie 

 

Déconstruire tous ces mythes grâce à des études scientifiques est un premier pas pour penser de manière critique le numérique dans l’éducation et pour véritablement l’utiliser au service des apprentissages. Par exemple des études ont montré que les capsules vidéos peuvent être tout à fait utiles pour apprendre des gestes et des mouvements. Elles sont donc efficaces dans certaines disciplines comme l’Education Physique et Sportive si elles sont par ailleurs accompagnées de commentaires de l’enseignant. En revanche une étude de 2018 au Royaume Uni a montré qu’un cours d’université en vidéo est bien moins efficace qu’un cours en présentiel, et que les élèves qui suivent les cours seulement par vidéo décrochent de moins bons résultats à l’examen par rapport à ceux qui vont en cours.

Le numérique n’est donc ni une plus value ni un obstacle pour apprendre, tout dépend de l’apprentissage visé, du scénario pédagogique, et in fine tout dépend de l’enseignant. Des professeurs remplacés par des ordinateurs ce n’est donc pas pour demain.

 

Télécharger (format mp3)

Et pour aller plus loin ...

Vidéos et podcasts

 

Enquêtes, rapports 

 

Articles

 

Sites et portails internet

Émission préparée par ...

  • Production : Diane Béduchaud
  • Réalisation : Diane Béduchaud et Sébastien Boudin
  • Mixage : Sébastien Boudin
  • Habillage sonore : Diane Béduchaud et Sébastien Boudin
  • Musique : Joakim Karud, Love Mode
  • Remerciements: Elie Allouche, Louis Derrac, André Tricot pour la relecture scientifique, Vincent Martin pour la relecture journalistique

Fermer