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La mise en place du socle dans les établissements. Point de vue d’un personnel de direction



Principale de collège depuis la rentrée 2010, j’exerçais auparavant au lycée. Je vivais donc la mise en place du socle commun de façon un peu abstraite, surtout au travers de nos réunions de bassin où les collègues principaux voyaient au début dans cette affaire là une révolution du système éducatif pour les plus enthousiastes, une réforme de plus à faire passer pour les plus réfractaires. Au fil des années, la révolution n’a pas eu lieu, mais le socle a été intégré dans les programmes et, sans doute (?) dans les pratiques pédagogiques…

Toutefois, ayant lu le très critique rapport Grosperrin d’avril 2010, j’arrivais dans ce nouvel établissement avec une certaine appréhension, sachant que la validation du socle devenait une obligation pour le brevet dès juin 2011.
Dès la rentrée, j’ai donc cherché à comprendre où en étaient les équipes éducatives sur ce sujet. Assez étonnée je dois le dire, j’ai pu constater qu’ici les personnels avaient déjà « décortiqué » les compétences du socle et élaboré des fiches de validation et de suivi des compétences, utilisées depuis l’année précédente par l’équipe de sciences et technologies, celle de langues, et la conseillère principale d’éducation.

En effet, en 2009-2010, cela avait été le grand chantier du conseil pédagogique, instance de discussion très appréciée ici, et certains personnels s’en étaient emparés avec enthousiasme pour mener  la réflexion sur la validation des compétences du Socle.

Par contre, on sentait toujours un manque d’assurance, un besoin de reconnaissance, de savoir si « on faisait bien » : cette mise en place avait semblé chaotique et parfois décourageante, émaillée d’instructions vécues comme contradictoires de la part de certains formateurs ou corps d’inspections. 

Ces contradictions apparentes amènent à s’interroger sur le sens de ce qu’on  demandait  aux équipes : modifier leurs pratiques pédagogiques et ensuite valider des compétences, ou réfléchir à la validation des compétences dans le cadre de leurs pratiques ?

De façon pragmatique, le collège Jules Romains a choisi de réfléchir à la validation dans la perspective du brevet.
Ce n’est pas forcément une mauvaise piste, elle a au moins le mérite de poser des questions sur la notion de compétences et d’obliger à trouver un accord entre les collègues. Elle permet également d’intégrer concrètement la référence au socle dans le discours lors des conseils de classe de troisième et lors des réunions avec les parents.

Toutefois la multiplication des outils de validation entretient la confusion : des livrets « papiers » vus et remaniés (payants) avaient été proposés depuis 2 ans, un « livret de compétences » aux intitulés incompréhensibles dans l’ENT du collège, dont l’utilisation a été rejetée par les collègues. L’outil national de validation n’est disponible que depuis novembre, le Rectorat a mis en place en décembre un nouveau logiciel de suivi sur le modèle de celui utilisé pour le B2I… 

Toutes ces applications pour lesquelles il faut se former s’empilent, fatiguent, dépossèdent les personnes qui avaient travaillé à construire leurs outils comme on le leur avait demandé, et détournent de la recherche du sens de cette validation. Paradoxalement, le collège qui était en avance dans le travail se trouve déconcerté par ces nouveaux outils, alors que les établissements plus attentistes ont pu s’emparer confortablement de logiciels nationaux et que l’on suppose approuvés par les corps d’inspection.

Lors des réunions de mise en place cette année, j’ai ressenti la lassitude des professeurs, leur impression d’entendre et de redire toujours la même chose, voire leur agacement.

Il faut donc aller de l’avant, s’appuyer sur l’envie manifestée et l’énergie déployée, utiliser ce travail sur la validation comme une base (j’allais dire un socle), montrer son intérêt pour la pédagogie. Tout d’abord, pour améliorer le repérage et la remédiation : savoir quels items manquent à un élève permettraient aux professeurs chargés de l’aide d’être plus efficients, et peut-être d’aborder cette aide sous un jour plus positif pour l’élève. Quelques professeurs intègrent désormais dans les contrôles la mention des compétences que l’on cherche à évaluer : pourquoi pas, mais que reflète alors la note ? C’est un nouveau champ de discussion qui s’ouvre.

Ensuite, pourquoi ne pas se servir de la réflexion engagée au collège pour la poursuivre avec les collègues du lycée voisin, où trop de nos élèves peinent à réussir : que signifie être compétent au collège, au lycée ? Sommes-nous assez exigeants sur certaines compétences des piliers 6 et 7, qui sont peut-être validées un peu trop facilement ? Les professeurs de lycées n’attendent-ils pas de nos élèves qu’il soit « supra compétents » par rapport au niveau du socle commun ? On peut supposer que la mise en place de l’aide personnalisée en lycée s’enrichirait d’une confrontation sur la notion de compétences.

Cela supposerait alors que contrairement à mon expérience passée, équipes et personnels de direction en lycée général et professionnel, à leur tour s’en emparent…

Pour conclure, je ne sais pas si la révolution de l’enseignement par compétence aura bien lieu, mais ce travail permet de voir que si l’on fait confiance à l’autonomie et à la créativité des équipes éducatives, on peut aboutir à de vraies réflexions pédagogiques qu’il convient de nourrir et d’encourager : il serait regrettable qu’au bout du compte ce processus se réduise à mettre des croix dans des cases…

Valérie Husar
Principale de collège






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