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Questionnaire sur les pratiques d'évaluation des enseignants

Cette étude vise à éclairer les pratiques évaluatives des enseignants de l'école primaire. Un questionnaire en ligne, anonyme, clairement identifié par les acteurs comme indépendant de la commande institutionnelle a été adressé en préalable à des animations pédagogiques sur la question de l’évaluation des compétences du socle commun à une centaine d'enseignants.

 

Contenus pratiques et usage des évaluations

Une évaluation sommative dominante

  • La question se pose de savoir si les enseignants interrogés considèrent l’évaluation comme faisant partie des apprentissages : il est dit souvent que l’évaluation prend du temps au détriment des apprentissages, elle est souvent pointée comme arrivant en fin de parcours d’apprentissage, en fin de période, de trimestre, d’année.
  • La forme décrite des évaluations est souvent celle d’évaluations normatives et périodiques quand on parle de notes et de codage. Quand les enseignants parlent d’appréciations, l’évaluation correspond alors davantage à un regard porté sur le travail de l’élève, un guidage, une personnalisation … 
  • Y a-t-il un décalage entre les conceptions de l’évaluation chez les chercheurs et la conception qu’en ont les enseignants ?

Les enseignants reconnaissent principalement la dimension sommative de l’évaluation des élèves. La mise en place des évaluations nationales au CE1 et CM2  (qui rompt avec les évaluations CE2- 6e qui avaient une vocation de diagnostic) accrédite l’image d’une évaluation qui se déroule hors des apprentissages ou en fin de séquence d’apprentissage. Contrairement  aux travaux de la recherche, les enseignants, envisagent peu les fonctions des évaluations qui sont intimement liées aux démarches d’apprentissage (évaluation formative et formatrice). Ils ont tendance à bricoler des pratiques hybrides en évitant ou atténuant le côté « sanction » de l’évaluation sommative par l’utilisation d’appréciations ou des codes.

Des évaluations aux destinataires multiples
Les destinataires des évaluations sont tout aussi bien les parents, l’élève (pour savoir où il en est, pour l’aider à mesurer ses points faibles et ses axes de progrès, pour sanctionner un travail), le maître (pour finaliser son travail, pour avoir une image de sa classe, pour prévoir et organiser des activités de remédiation), le collège pour la poursuite d’étude. Il ne semble pas y avoir d’évaluations spécifiques à un destinataire en particulier.

Une évaluation des compétences qui s’ajoute aux pratiques évaluatives existantes

  • Contrairement à l’hypothèse faite pour le collège, les enseignants des écoles ne font que très peu de références à la matière enseignée dans la description des actions d’évaluations ou de la prise en compte du socle commun. La notion de compétences semble irriguer l’ensemble des champs disciplinaires.
  • Les différences de traitement entre évaluation de compétences ou évaluation de procédures se font davantage sur les tâches que sur les disciplines (on note du calcul mental ou une dictée de mots, mais on évalue par « compétences » la résolution d’un problème mathématique ou une production d’écrit).
  • La place des compétences dans l’enseignement n’est pas en soi remise en cause (ce qui confirme les résultats 2009) car depuis 1989, elles sont entrées dans le vocabulaire et les pratiques des enseignants du premier degré, même si les bouleversements de 2007-2008 ont chahuté des définitions qui commençaient à se stabiliser.
  • Les enseignants utilisent les référentiels de compétences fournis par le ministère et les intègrent à leur travail de préparation ou de suivi. Il semble que les plus jeunes les intègrent davantage (à vérifier).
  • Cette approche de l’évaluation par compétence semble se rajouter aux pratiques traditionnelles ou antérieures du contrôle ou de l’évaluation. On note, on évalue une compétence, on met une appréciation, un niveau etc.… On pourrait parler de « stratifications pédagogiques » qui contribuent à des pratiques très pragmatiques.

Les représentations  des compétences chez les enseignants

  • Connaissances, capacités et attitudes sont reliées au terme de compétence. Les connaissances semblent définies comme les savoirs, les capacités comme les savoirs faire, et les  attitudes comme les savoirs être,  les contenus précis des « savoir-être » et « savoir-faire » semblent peu questionnés.
  • Pour certain, une compétence est la capacité à mobiliser ses acquis dans des situations nouvelles
  • C’est davantage la mise en œuvre des compétences avec ses corollaires (évaluation et personnalisation) qui pose problème aux enseignants : ce n’est pas un rejet de la prise en compte des compétences dans l'enseignement, mais davantage des questions, voire des inquiétudes sur ses propres capacités d’enseignant à mettre en place une approche par compétence de façon cohérente, sérieuse et utile, d’autant plus que les espaces collectifs de travail sur cette question restent rares.

 

La prise en charge des besoins spécifiques des élèves

Qu’est-ce que comprennent les enseignants de la nature des difficultés des élèves, et ce qu’ils en font ?

  • La référence et l’attention aux élèves en difficulté est très présente dans les réponses des enseignants. Une des conséquences de l’évaluation est la personnalisation puisqu’elle met en évidence les difficultés des élèves sans permettre un diagnostic précis. On est alors le plus souvent sur une approche basée sur les « élèves en difficulté » davantage que sur une approche centrée sur les « difficultés des élèves ».
  • Lorsque les enseignants s’expriment sur l’Aide Personnalisée, c’est le mode de travail qui est mis en avant, plutôt que les contenus. Les enseignants plébiscitent en effet le petit groupe comme une forme de travail nécessaire et utile sans illustrer ni mesurer ses apports dans la construction des compétences ou la maîtrise des savoirs.

 

Les pratiques collectives des équipes enseignantes

Des questionnements individuels…

C’est d’abord personnellement que les enseignants se questionnent : «Comment améliorer ma pratique de classe ? », «Comment intégrer les évaluations aux apprentissages ? », « Comment trouver un équilibre entre les différents types d’activités d’apprentissage ? », « Comment se former, connaître et utiliser les bons outils ? »

… aux demandes d’accompagnement

Mais collectivement, la plupart du temps en équipe d’école, les enseignants ont également déjà construit des outils, des démarches qui leur ont demandé de nombreuses réunions, négociations, productions. Ils ne sont pas forcément prêts à en changer et à les abandonner au profit d’autres outils.

La question de l’harmonisation des pratiques apparait également pour la recherche d’une cohérence au niveau d’une école en particulier ou de l’école en général. Paradoxalement, on peut la comprendre comme une demande de norme : « dites-nous précisément comment nous devons faire ce que vous nous demandez de faire ». On retrouve ici l’idée de sous-prescription du « comment faire », la marge de « liberté » étant vécue comme anxiogène ou impossible à occuper.

 

Le livret personnel de compétences : un outil encore peu utilisé

On peut faire l’hypothèse que le livret de compétences du ministère n’a été regardé attentivement que par certains enseignants de CE1 et CM2 davantage concernés par son utilisation. Le travail en conseil de cycle sur cette question n’est pas perceptible.
Les enseignants s’expriment peu sur le sujet et cela n’est donc pas très significatif. Il semble toutefois être perçu comme un outil se surajoutant à ceux qui existaient déjà. Plus simpliste que ce que font certains, trop binaire, trop large ou trop serré, ne prenant pas en compte des compétences non encore acquises mais qui doivent être travaillés.

  Alexis Bisserkine


 

 

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