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Enseignement du français et mise en œuvre du Socle.Compétence Maitrise de la langue : quels constats ? Quelle(s) dynamique(s) en 2010 ?

 

  Il s’agit de recenser au travers de publications très récentes, les questionnements suscités par les compétences du Socle commun confrontées aux programmes disciplinaires de l’enseignement du français au collège. C’est l’histoire des disciplines qui éclaire leurs spécificités et contenus. Le degré du « Trivium » de la scolastique concernait les pouvoirs de la langue, on distinguerait aujourd’hui entre ce qui relève, en son sein, des sciences de l’explication (grammaire et dialectique) et des sciences de l’interprétation (littérature et rhétorique).

En 2008, les programmes de français du Collège replacent la maîtrise de la langue, et non plus la Littérature, au cœur des objectifs d’enseignement. Ils expriment la tension entre la langue, surreprésentée par le volume de texte qui lui est consacré, et la Littérature, voire la lecture, reléguées au second plan. Il semblerait que le Socle commun par une ouverture à la pratique sociale, communicationnelle, de discours oraux et écrits offre une troisième voie.

Certains enseignants, soulignent les incohérences entre le Socle et les programmes : des enseignants sont laissés seuls face aux Instructions Officielles et à leurs graves omissions ; d’autres  mieux informés considèrent le Socle comme un levier de réussite.

Le Socle commun, opère une distinction entre une langue  partagée par tous mais pour laquelle seul l’enseignant de français dispose des outils didactiques, et une culture humaniste mal définie. De détacher la Littérature des outils de langue peut sembler une atteinte aux spécificités de la transmission littéraire, cette redistribution permet néanmoins d’établir de nouveaux liens avec l’ensemble des  disciplines artistiques et de s’articuler, par l’approche chronologique, à l’histoire des sciences.

L’enseignement de la Littérature, un des domaines de l’histoire des arts, enseignement qui peine lui-même à trouver sa place, s’aligne sur celui de l’Histoire, culturelle et sociale notamment. Ayant à situer ces œuvres dans leur contexte historique, les élèves découvrent également de grands genres littéraires. Ceci génère des tensions entre l’approche chronologique et l’approche thématique d’un enseignement culturel, parfois éloigné des attentes sociétales actuelles. 

Or les Instructions Officielles vont aussi mettre en tension, sans résoudre le conflit, une approche de l’apprentissage de la langue axée sur la grammaire, et une approche communicative, plus actionnelle.  L’enseignement du fonctionnement de la langue française conçu relativement à des normes linguistiques stables, empêche d’avaliser l’idée que notre langue est mouvante et susceptible de révisions régulières. La non prise en compte des rectifications orthographiques de 1990 par les spécialistes du français en est une illustration.

Le retard pris dans l’élaboration des outils d’évaluation des compétences en Maitrise de la langue (Pilier 1 Eduscol) et le déficit en ressources est symptomatique d’une réelle difficulté. Les enseignants de français qui se pensent en « Gardiens du code » (2010) se départissent d’autant moins de ce rôle que leurs collègues, chargés d’enseigner des savoirs et raisonnements spécifiques (histoire, géographie, mathématiques, sciences et vie de la Terre, technologie, etc.),  leur délèguent volontiers la part d’apprentissages fondamentaux indispensables aux apprentissages disciplinaires qu’ils mènent eux-mêmes. 

Du point de vue syntaxique, l’évaluation, pluridisciplinaire, par exemple de la sous compétence d’écriture « cohérence textuelle » est improbable. La question sous-jacente « Qu’est-ce qu’un texte ? », ou pire « A partir de quand un écrit est-il devenu texte ? », peut-elle être comprise uniformément par des enseignants de toutes les disciplines, alors que les études sur les grammaires de phrases et de textes n’ont guère fourni de réponse  consensuelle à cette question ? Pourrait-on admettre que chaque discipline ait dès lors sa propre définition de la cohérence textuelle ? Pourrait-on mettre en place des dispositifs de formation qui permettent une analyse de textes typiques de chaque discipline ? On comprend l’ampleur des réformes structurelles nécessaires pour faire admettre que si la langue est une abstraction construite par les linguistes, elle n'existe, en réalité, que dans les textes socialement produits.

Le saisissement par la recherche, en didactique et en linguistique notamment, d’une critique des programmes peut induire de nouvelles synergies entre chercheurs et praticiens, mais c’est surtout le métier lui-même qui est à redéfinir, et puisque le mot « métier » a la même étymologie que « ministère », de quel culte le professeur de français de collège est-il le ministre ?



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