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Troisième session, juin 2012

Cette session s'est située dans le prolongement des deux précédentes, en privilégiant cette fois-ci deux thématiques, les "sciences de l'apprendre" et les méthodologies de recherche en éducation.

Jeudi 7 juin, site Descartes de l'ENS de Lyon, salle F05

9h15-9h30, ouverture par Olivier Faron, directeur général de l'ENS de Lyon

9h30-9h45, questionner les sciences de l'apprendre, introduction de la thématique coordonnée par G. Sensevy

Le fil rouge de cette thématique : lors de la première session du séminaire, deux intervenants, Michael Baker (CNRS) et Sten Ludvigsen (Université d’Oslo) avaient présenté leur recherche dans le thème « Sciences de l’Apprendre ». Florence Ligozat (Université de Genève) avait réagi à leur exposé. Michael Baker s’était centré sur le développement des régulations épistémiques et socio-affectives dans les groupes d’apprenants, et Sten Ludvigsen avait présenté une approche « stratifiée » (multi-layered) de la cognition au sein des interactions sociales. Florence Ligozat avait réagi en notant les similitudes et les différences entre l’approche développée par les chercheurs en Learning Sciences et celle utilisée en didactique francophone.

La deuxième session du séminaire s’était inscrite dans le prolongement. Sont intervenus T. Koschmann (Southern Illinois University) et C. Hmelo-Silver (Rutgers University). A. Tiberghien (CNRS) a réagit à ces deux exposés. Tim Koschmann s’est centré notamment sur l’analyse d’un épisode de classe à l’école primaire pour dégager un « programme alternatif de la pratique d’enseignement (instructional practice) ». Cindy Hmelo-Silver a étudié en particulier la méthodologie de recherche inhérente à la production d’ingénierie (design based research) au sein d’environnement d’apprentissages complexes. Les relations entre Learning Sciences et Didactique ont été explorées, particulièrement dans le sens du développement d’une théorie de l’enseignement et d’une meilleure compréhension des environnements d’apprentissage complexe, à travers la méthodologie du design based research.

Cette session a continué à aborder la question des relations entre enseignement et apprentissage, en se centrant particulièrement sur le rôle des savoirs dans la relation d'enseignement/apprentissage, conçue au sens large, à la fois dans la manière dont elle peut intégrer le corps et les capacités, et dont elle peut favoriser ou non la réduction des inégalités d'apprentissage. Elle sera organisée autour de trois conférences.

Des problèmes techniques ayant empêché l'enregistrement vidéo, certaines interventions ne sont présentées qu'en audio.

 

  • Trevor Marchand9h45-10h30, conférence de Trevor Marchand, Craft Apprenticeship and the Formation of Person : the communication proposes that craft apprenticeship serve as a model of education that both teaches technical skills and provides the grounding for personal formation. The research is grounded in my long anthropological fieldwork as an apprentice to minaret builders in Yemen and to mud masons in Mali, and as a woodwork trainee in East London. The ethnographic evidence supports an expanded notion of knowledge that exceeds language and includes the body and skilled performance. Ultimately, the paper promotes a more penetrating investigation into the nature of communication from the body. (Lien vers l'audio/ Link to the audio)

  • Tricot10h45-11h30, conférence d'André Tricot, Apprendre et enseigner des connaissances spécifiques : une des difficultés pour que les spécialistes des apprentissages et ceux de l'enseignement parviennent à communiquer réside dans le fait qu'ils ne s'intéressent pas souvent aux mêmes connaissances. Les psychologues de l'apprentissage qui s'intéressent aux connaissances générales ou non scolaires ont bien du mal à produire des résultats pertinents et/ou reconnus comme tels. Les spécialistes de l'enseignement se trouvent parfois devant l'impossibilité de produire des résultats discutables, comparables et cumulables en mettant en exergue le caractère particulier de chaque connaissance. Le concept de connaissance spécifique, i.e. une connaissance définie par sa nécessité à la réalisation d'une tâche (Tricot & Sweller, sub.), pourrait résoudre en partie ces difficultés. Il peut permettre de décrire, d'une même manière, ce qui est enseigné et ce qui est appris dans une situation d'enseignement - apprentissage. Il est en outre compatible avec une approche générale des processus d'apprentissage. (Lien vers l'audio / Link to the audio)

  • 12h-12h30, réaction à l'exposé de Trevor Marchand par Gérard Sensevy et réponse de Trevor Marchand

  • 12h30-13h, réaction à l'exposé de André Tricot par Yves Matheron et réponse d'André Tricot

  • Rochex14h15-15h, conférence de Jean-Yves Rochex, La fabrique des inégalités scolaires : une approche bernsteinienne : loin de l’« indifférence aux différences » dénoncée naguère par la sociologie critique, le système scolaire et ses différents professionnels seraient désormais très largement acquis à la prise en considération, à la reconnaissance, voire à la promotion des différences et de la diversité, et seraient ainsi mieux disposés et mieux outillés pour œuvrer à plus d’égalité. Pourtant, rien n’est moins sûr, et les recherches que l’on présentera dans cette communication montrent que l’on peut voir coexister, dans l’ordinaire des classes, des modes renouvelés ou récurrents d’« indifférence aux différences » et des modalités d’adaptation aux différences (réelles ou supposées) entre élèves qui sont bien loin d’aller dans le sens de la réduction des inégalités d’apprentissage, mais aboutissent au contraire à entériner et renforcer ces inégalités en différenciant les tâches, les apprentissages et les univers de savoirs que peuvent réaliser, construire et fréquenter les différents types d’élèves. Ces processus de différenciation qui, dans l’ordinaire des classes, au cœur des dispositifs et des idéologies pédagogiques contemporains, contribuent au jour le jour à la fabrique des inégalités scolaires, sont faits de logiques hétérogènes que le travail théorique et les concepts proposés par Basil Bernstein permettent selon nous de décrire et d’analyser de manière extrêmement féconde pour faire que les différentes disciplines de recherche en éducation puissent non seulement se rencontrer mais s’interroger et s’enrichir mutuellement. (Lien vers l'audio/Link to the audio)

  • 15h15-16h, réactions à l'exposé de Jean-Yves Rochex par Marie-Jeanne Glorian-Perrin et réponse de Jean-Yves Rochex (Lien vers l'uadio/Link to the audio)

Vendredi 8 juin, site Descartes de l'ENS de Lyon, salle F104

9h-9h15 Questionner les méthodologies de recherche en éducation, présentation de la thématique coordonnée par C. Lallier et K. Lund 

Le fil rouge de cette thématique... Lors de la première session du séminaire, cette thématique s’était attachée à rendre compte de la diversité des méthodes dans les recherches en éducation. Laurent Veillard avait introduit cette réflexion méthodologique en présentant un nouveau cadre d’analyse des données de terrain par l’enregistrement vidéo. A l’issue de cette présentation, Michel Develay avait proposé une analyse synthétique de la diversité des méthodes en sciences de l’éducation. Cette mise en perspective historique ne pouvait trouver son prolongement qu’en une expérience de terrain : l’anthropologue-cinéaste Baptiste Buob présenta alors sa pratique de l’enquête filmée en se demandant « ce que la caméra fait au terrain ».  La présentation « regard croisé » de Kristine Lund avait pour objectif de rendre compte de la difficulté, mais aussi des richesses de la diversité des théories, méthodes et données dans les recherches des « Sciences de l’Apprendre » et de donner une feuille de route pour relever le défi que cette situation présente.

Avec la deuxième session, nous avons poursuivi notre exploration des méthodes en nous intéressant plus particulièrement à la relation entre théorie et méthode. Dan Suthers a parlé du déterminisme méthodologique, autrement dit, dans quelle mesure les méthodes s’appuient de manière inéluctable sur des présupposées théoriques et les conséquences d’une recherche impliquant des méthodes mixtes, potentiellement incommensurables. Michael Baker s'est penché sur la distinction entre les concepts épistémologiques « analyse » et « interprétation », ayant respectivement leurs origines en sciences physiques et sciences humaines, en posant son regard critique sur les recherches qui ont pour but d’étudier les interactions humaines et plus particulièrement la co-construction des connaissances argumentées.

Dans cette troisième session, nous nous consacrons aux méthodes d’analyse des situations d’interactions : d’une part, la linguiste fonctionnelle américaine Carolyn P. Rosé nous présentera ses travaux de modélisation informatique sur les codifications sociales dans les interactions conversationnelles ; d’autre part, l’anthropologue belge Véronique Servais exposera sa démarche d’observation sur la communication inter-espèces, entre les humains et les animaux. Pour Rosé, le langage est une manifestation des choix que l’on fait en contexte afin d’accomplir un objectif en interaction et nos identités en résultent. Ses travaux se basent sur Erving Goffman (la communication est une performance) et sur la notion de transactivité en psychologie de l’éducation (Berkowitz et Gibbs). Les travaux de recherche de Servais s'inscrivent également dans le champ de la linguistique interactionnelle, en convoquant notamment Goffman, Gregory Bateson et Louis Quéré.

Rose
  • 9h15-10h, conférence de Carolyn Penstein Rosé, Computational Analysis of Social Positioning in Collaborative Learning Interactions : In this talk I will present recent work on computational modeling of social positioning in conversational interactions, or leadership taking in collaborative learning interactions more specifically. Basic concepts of power and social distance from psychology explain social processes operating in conversational interactions.  This theoretical foundation explains how we gain influence within interactions through our manipulation of horizontal and vertical social distance through a variety of types of signaling, which may or may not be linguistic. Research in sociolinguistics illustrates and describes how these signals are encoded in language at various levels, from pronunciation, to lexical choice, to rhetorical strategies at the discourse level. Thus, this work describes how social processes are reflected through patterns of language variation.  If we can understand the connection between social processes and language by means of these signals, we can structure computational models of language interactions more effectively. Models that incorporate these structures should be capable of making predictions about the presence of social processes from interaction data and can then be used to monitor collaborative learning processes in real time.  Two specific operationalizations of leadership will be addressed conceptually as well as computationally, which are referred to as Authoritativeness and Transactivity. In addition, Rosé will show and comment on a short Wiseman clip from the documentary High School I from the point of view of social positioning, as it is related to authority. (Lien vers la vidéo / Link to the video)

  • 10h45-11h30, conférence de Christian Lallier (chargé de mission "Culture & création" à l'Institut français de l'Éducation de l'ENS de Lyon) : Anthropologie filmée. Méthode et Pratiques.  Christian Lallier, anthropologue-cinéaste, présente sa démarche en anthropologie filmée avec l'extrait de l'un de ses films documentaires. Sa pratique de terrain vise à rendre compte de ce qui se joue dans une situation d'échanges par l'observation filmée des interactions sociales et la mise en récit des circonstances d'engagement. Selon cette perspective méthodologique, il s'agit de proposer une anthropologie des lieux de transaction : ce champ de recherche concerne tout particulièrement les situations de formation, d'apprentissage et d'enseignement, en milieu scolaire et dans tout autre contexte éducatif. (Lien vers la vidéo / link to the video)
    [Véronique Servais empêchée par un incident de santé, n'a pas pu participer au séminaire]

    13h30, regards croisés, discussion sur le séminaire coordonnée par L. Trouche

    L'après-midi du 8 juin sera consacrée à une discussion des différents apports, à une mise en perspective des trois sessions, dans la perspective du développement du séminaire. Cette discussion sera éclairée par trois contributions :

    Table ronde 2

    • 13h30-14h, contribution de Michel Develay, professeur émérite en sciences de l'éducation, Lyon 2. Le rôle des codes dans les apprentissages :  du code élaboré et restreint du langage de Basil Bernstein pour expliquer l'« indifférence aux différences », aux situations où des êtres humains sont en position d'apprendre des animaux. Le rôle des codes dans les apprentissages; (Lien vers la vidéo / Link to the video)

    • 14h-14h30, contribution de Milad Doueihi (en séjour invité à l'IFÉ). Codage et Dressage: visibilité, lisibilité et communication entre le vivant et l'intelligent. Quel imaginaire d'intelligence et de pertinence habite ces échanges implicites mais fondateurs? (Lien vers la vidéo / Link to the video)

    • 14h30-15h, contribution de Pierre Statius, vice-président de la conférence des directeurs d'IUFM. Les "sciences de l'apprendre" et la philosophie. Problèmes, enjeux et perspectives
    • 15h-16h, clôture du séminaire par Yves Winkin, directeur de l'IFÉ.

    Renseignements :   Nicolas Favelier

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